CRR de Paris, CNSM et détresse psychologique - Noé
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CRR de Paris, CNSM et détresse psychologique

Chères lectrices, chers lecteurs, j’espère que vous allez bien. Vous n’avez sans doute pas espéré de mes nouvelles, pas plus que celles d’un autre rédacteur ou rédactrice de ce weblog, mais, en cette matinée du 26 Avril 2025, j’ai la chance de cumuler 2 facteurs essentiels selon moi pour écrire :

Ma vie a momentanément été traversée par des évènements que je qualifierai d’au moins « semi-croustillants » et qui valent largement la peine d’être racontés sur ce weblog, mais j’ai également la motivation nécessaire ce matin pour tenter de donner forme et splendeur à ce quotidien inhabituel.

Vous vous en moquez, je vous le donne quand même, que voulez-vous c’est la loi de l’offre et la demande.

Pour vous donner un peu de contexte, voilà 3 ans que j’étudie la trompette au CRR de Paris, une institution réputée pour être la fameuse « antichambre du (des) CNSM (Conservatoire National supérieur de Musique. (« Du », parce qu’à paris on ne pense qu’au CNSM de Paris, « des » parce qu’il faut rendre justice au CNSM de Lyon considéré comme un CNSM des nuls par les parisiens). Ainsi, c’est l’établissement le plus toxique où j’ai pu mettre les pieds, puisque toute la vie étudiante tourne autour de la question du CNSM et de la préparation à son concours, qui a commencé en septembre 2023 et qui ne s’est pas arrêtée pour moi car oui, je n’ai jamais été admis dans un CNSM jusqu’à présent. Pour vous décrire à quoi cela ressemble, à Paris 60 candidats dans un premier tour avec 2 pièces instrumentales dont une étude par cœur imposée un mois avant, et un deuxième tour avec plus que 15 personnes, 2 pièces très difficiles, avec à la clé, une place ou 2, 3 quand il y a beaucoup de place. Lyon, 30 inscrits cette année, 8 au second tour, une place. Voilà mon bilan CNSM au CRR de Paris :

Septembre 2023 : Jugé non-prêt à candidater, année de renforcement technique et instrumental

Année 24-25 : Je passe un tour à Paris pour mon premier concours CNSM (c’est la fête) puis échoue au second, un élève de ma classe est admis. Lyon : échec total au premier tour.

J’ai passé ces deux années avec mon professeur extraordinaire André Feydy, qui a supporté mes états d’âmes et autres enfantillages : Durant ces 2 ans il était plus que fréquent que pendant les cours en groupe (toute la classe de 8) j’aille aux toilettes après mes passages, pour taper de toutes mes forces dans les murs et hurler, avec pour seul but de me blesser les mains, me faire mal pour me punir de ne pas être assez fort. Je précise qu’il n’est nullement responsable de cette attitude et que bien qu’il y ait toujours eu une omerta autour de ce sujet dans la classe : tout le monde savait et André était dévasté et avait la larme à l’œil quand je le faisais apparemment. Vous vous doutez bien que c’est difficile de s’intégrer dans une classe quand on réagit comme ça, tous mes camarades qui ont d’abord essayé de m’aider en ont rapidement eu marre, de m’entendre dire quotidiennement que j’étais une merde, que je ne savais pas jouer, que j’avais des soucis de technique, que ça me rendait malheureux etc. Le climax a été le moment où j’ai dit avoir mal joué au premier tour du CNSM de Paris mais que je suis passé au second, alors que 4 élèves de ma classe ne l’ont pas eu. 2 d’entre eux ont décidé d’arrêter de m’adresser la parole. J’ai plusieurs fois manifesté mon insécurité dans ces études et j’ai même une fois dit à André que j’étais très proche d’arrêter la trompette après avoir été à deux doigts d’avaler une boîte de médicament. Il a alors fait un signalement à l’administration pour détresse psychologique qui n’a donné aucune suite ni action concrète de leur part. Je me sentais comme un requin tigre.

Mais le rêve ; c’était la classe du CNSM de Lyon, avec Clément Saunier, Trompette solo de l’ensemble intercontemporain, soliste international etc. mais surtout le prof qui en stage de trompette en aout 23 m’a dit que je ne serais jamais trompettiste si je ne recommençais pas à apprendre ma technique à zéro. Je rêvais de lui montrer qu’il avait tort, en intégrant sa classe d’élite, où il obtient des résultats pédagogiques extraordinaires (cette année sur sa classe de 12, 1 élève fait 3ème prix du plus grand concours international de soliste, un autre gagne le poste de trompette solo à l’orchestre de Montpellier, puis 2ème trompette à radio France, un autre qui était finaliste à Montpellier vient de gagner à Metz, un autre qui avait gagné Nice vient de gagner l’orchestre de chambre de Paris, un autre était finaliste à l’opéra de Lyon…) ce sont déjà tous et toutes les meilleur.es trompettistes de France. Et je rêvais d’entrer dans cette classe, malheureusement, échec total au premier tour.

Puis en fin d’année, André m’appelle, un nouveau prof rejoint l’équipe pédagogique du CRR de Paris, c’est nul autre que Clément Saunier dont j’intègre la classe à la rentrée de Septembre 2025.

Lui, qui était mon antagoniste de toujours devient mon professeur… et me prend sous son aile. Je découvre avec lui une relation de professorat extraordinaire, où il me fait progresser très vite, ainsi que tous les autres élèves. Lui que je considérais comme un robot avec aucun affect, un ordinateur à trompette, pouvait malgré son pragmatisme immense, être bienveillant, faire quelques rares blagues pour détendre l’atmosphère, et j’ai découvert là un trompettiste, un pédagogue et un humain hors du commun aussi exigeant que bienveillant. Vient donc une année de préparation intensive et où je dédie toute ma vie au simple fait de gagner la place au CNSM de Lyon, je veux absolument poursuivre avec ce professeur génial, malheureusement après avoir fait plusieurs filages et auditions sur mon programme avec un niveau suffisant pour passer : j’échoue lamentablement au premier tour, bien que ma préparation fût parfaite, et que même Clément ait dit « qu’il m’attendait pour faire de gros résultats sur ce concours » il ne m’a pas reconnu jouer derrière le paravent tellement c’était mauvais comparé à mes standards. Ma vie s’est effondrée ce jour là, j’ai évoqué précédemment les noyaux de cerise dans un de mes premiers posts, ces évènements qui nous font devenir adulte. Ce jour là, une partie de mon enfance est morte, puisque j’ai compris qu’il ne suffisait pas d’avoir un rêve pour qu’il se réalise tôt ou tard. Parfois les choses ne marchent pas, jamais. J’ai après ça brillamment raté le premier tour de Paris. Après 3 ans de CRR de Paris nous sommes obligés d’intégrer l’enseignement supérieur, puisque nous sommes virés du CRR obligatoirement après trois ans. Je n’ai donc plus de rêve d’école, plus d’école tout court d’ailleurs. Viens une discussion avec Clément où il me redit que tant que je ne change pas ma technique radicalement, je ne pourrai pas progresser et atteindre mes objectifs. Moi qui voulait lui montrer qu’il se trompait en stage, il a finalement tenu le même discours 3 ans plus tard où je n’avais pas avancé d’un cran. J’ai et je suis toujours dévasté par cette idée, et réfléchit sérieusement à arrêter la trompette pour toujours. Malheureusement un facteur inconnu me fait encore hésiter et pencher la balance, je viens de remporter le concours de l’OFJ 2026, et d’être admis à l’HEMU de Lausanne. Je ne prends pour le moment plus aucun plaisir à jouer de mon instrument, pas le moindre à part peut-être de temps à autre à l’orchestre. Quand auparavent je jouais de la trompette pour me sentir bien, en faire mon métier à fait en sorte que c’est la trompette qui me fait me sentir mal. Cependant j’ai commencé le travail proposé par Clément Saunier pour revoir ma conception du jeu instrumental et renouer avec une idée et envie du travail qui soit saine et me rende heureux. Vous aurez rapidement des nouvelles de ce fichu bout de métal enroulé sur lui-même qui est un prolongement de mes lèvres depuis 15 ans.

Au revoir à tous les étudiants du CRR de Paris, et votre CNSM qui vous obsède au point de ne plus avoir aucun sujet de conversation autre pendant 3 ans, à part Charles vous ne me manquerez pas.

Merci André de m’avoir sauvé la vie, merci Monsieur Saunier d’avoir permis qu’elle ait une suite, bien que ça ne soit pas celle que j’ai prévu.

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